Menu

jeudi 15 novembre 2018

Les arbres


Toute ressemblance avec des faits réels ne serait que pure et fortuite coïncidence

Lettre de Georges Pompidou à son Premier Ministre le 17 Juillet 1970

Mon Cher Premier Ministre,
J'ai eu, par le plus grand des hasards, communication d"une circulaire du Ministre de l'Équipement, Direction des Routes et de la Circulation routière.
Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait été communiquée aux fonctionnaires chargés de son application.
Elle appelle de ma part, deux réflexions :
>  La première, c'est qu'alors que le Conseil des Ministres est parfois saisi de questions mineures, telles que l'augmentation d'une prime versée à quelques fonctionnaires, les décisions importantes sont prises par les services centraux d'un ministère en dehors de tout contrôle gouvernemental.

>  La seconde, c'est que, bien que j'aie plusieurs fois exprimé en Conseil des Ministres ma volonté de sauvegarder partout les arbres, cette circulaire témoigne de la plus profonde indifférence à l'égard des souhaits du Président de la République.
Il en ressort que l'abattage des arbres deviendra systématique sous prétexte de sécurité.
Il est à noter, par contre, que l'on n'envisage qu'avec beaucoup de prudence et à titre de simple étude le déplacement des poteaux électriques ou télégraphiques. C'est que là, il y a des administrations pour se défendre.
Les arbres, eux, n'ont semble-t-il que moi-même et il apparait que cela ne compte pas.
La France n'est pas faite uniquement pour permettre aux Français de circuler en voiture et, quelle que soit l'importance des problèmes de sécurité routière, cela ne doit pas aboutir à défigurer son paysage.
La sauvegarde des arbres, plantés le long des routes, est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d'un milieu humain.

Je vous demande de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées et de donner des instructions précises au ministre de l'Équipement pour que, sous divers prétextes, vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues à tout souci d'esthétique, problèmes financiers pour l'entretien des arbres et l'abattage des branches mortes, on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n'aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d'apparence.

La vie moderne, dans son cadre de béton et de bitume, créera de plus en plus chez tous, un besoin d'évasion, de nature et de beauté.
L'autoroute sera utilisée pour les transports qui n'ont d'autre objet que la rapidité.
La route, elle, doit revenir pour l'automobiliste de la fin du XX ème siècle, ce qu'était le chemin pour le piéton ou le cavalier: un itinéraire que l'on emprunte sans se hâter, en en profitant pour voir la France.
Que l'on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté.

Lettre citée par Alain Baraton Actes Sud: " La Haine de l'Arbre n'est pas une fatalité"

Je connais une Commune où l'on aime tellement les arbres qu'on en fait des copeaux, on aime tellement les champs qu'on veut les bétonner.


 


haut de page